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Main Data
Author: Sandrine Dangleterre
Title: 'une Usher
Publisher: Books on Demand
ISBN/ISSN: 9782322195497
Edition: 1
Price: CHF 9.60
Publication date: 01/01/2020
Content
Category: Biografien
Language: French
Technical Data
Pages: 292
Kopierschutz: DRM
Geräte: PC/MAC/eReader/Tablet
Formate: ePUB
Table of contents
"Au fond de moi, j'étais contente d'avoir réussi à voir ce que c'était ! C'est important qu'un guide explique bien en donnant des informations précises ou des indices etc...pour que je voie, imagine ou devine." Je suis née sourde, avec le syndrome d'Usher de type 1, mais je ne le savais pas. C'était ainsi que j'ai découvert petit à petit que je ne voyais pas comme tout le monde, mais sans savoir que mes yeux avaient un problème. J'ai toujours aimé voyager. Ce livre est un récit de mes voyages; j'y raconte toutes les petites astuces qu'il faut utiliser pour se débrouiller avec son handicap, avec aussi l'aide précieuse des autres. Mais le syndrome d'Usher reste encore méconnu... sandrine.dangleterre01@gmail.com

Mon histoire est vraie, vous allez découvrir c'est comment je me suis rendue compte petit à petit de ma maladie.
Table of contents

Chapitre 3


Turquie - 1992


Un grand rendez-vous se prépare à laéroport de Paris, 32 personnes sourdes oralistes âgées de 19 à 72 ans sont réunies.

Arrivés à Istanbul, ville de Turquie située sur le détroit du Bosphore séparant l'Europe de l'Asie, le guide turc nous a donné des explications sur la Turquie : de forme allongée, la République de Turquie est un pays situé aux confins de l'Asie et de l'Europe. Elle a des frontières avec la Grèce, la Bulgarie, la Géorgie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, l'Iran, l'Irak et la Syrie. La langue officielle est le turc.

 Quelle est la capitale ? nous demande le guide Français.

 Facile, Istanbul ! dit un sourd.

 Ben oui, cest ici, Istanbul ! dit un autre sourd.

 Non ce nest pas Istanbul, cest un piège, cest Ankara ; comme aux États Unis, dont la capitale est Washington, et pas New York, fis-je remarquer.

 Très juste, la capitale de la Turquie est bien Ankara, officiellement depuis le 13 octobre 1923 confirma le guide truc.

 Que représente le drapeau ? demandai-je.

 Son drapeau a une origine très complexe. Il est tout d'abord quasi-identique au drapeau de l'Empire ottoman, les changements étant sur la forme de la lune et le nombre de branches de l'étoile qui passent de huit à cinq.

Nous avons visité la Mosquée bleue qui fut construite entre 1609 et 1616. Pour y entrer il a fallu respecter les règles : enlever les chaussures et avoir une tenue décente.

Aïe, jétais habillée en short et tee-shirt ; bon, jallais bien voir, et je suis arrivée devant la grande porte.

Finalement un surveillant turc ma empêchée d'entrer et me dit :

 Il est interdit d'entrer comme ça, les genoux à lair.

Jai donc baissé mon short pour cacher mes genoux.

 Non, vos coudes sont aussi à l'air !

Il part chercher des vêtements et il me fait enfiler une tenue moche : longue jupe bleue avec voile orange. Moi qui déteste mhabiller en jupe ! Je suis bien obligée.

 Ah non, c'est moche ! dis-je.

 Pas le choix ! dit le guide turc.

Le responsable de mon groupe mexplique :

 C'est le règlement des mosquées, il est obligatoire de mettre des tenues correctes pour les femmes : il faut cacher les bras et les jambes.

 Mais je ne suis pas musulmane ; je suis tout simplement une touriste ! répondis-je.

 On est en Turquie, on doit respecter.

 Ok je ne les mets que dans les mosquées.

 Oui, cest juste !

Je me suis forcée à les mettre et les sourds se sont moqués de moi.

Lors de la visite, Catherine ma suppliée de laider à filmer en cachette ; normalement cétait interdit ; donc je me suis mise à genoux en faisant semblant de bien remettre mes chaussettes, tout en dirigeant sa caméra dans la bonne direction pour bien viser ce que Catherine voulait. A la sortie, Catherine a vérifié le film et ma remerciée, cétait réussi, jétais soulagée et ravie pour elle.

Puis nous avons visité léglise Sainte-Sophie, ce qui signifie « Sainte Sagesse ». Elle fut construite au 6ème siècle. On y trouve quantité de magnifiques vitraux et une porte en marbre ; il ny a pas de tenues à respecter. L'église Sainte Sophie est devenue un musée mais on admire toujours ses magnifiques vitraux.

Ensuite nous sommes allés visiter le souk, « Le Grand Bazar ». Un guide turc nous a conseillé de ne pas nous promener seuls parce que des personnes disparaissent souvent, ou il y a des agressions ou des attentats Nous avons donc formé plusieurs petits groupes de 4 à 5 personnes. Nous sommes restés groupés sans nous perdre de vue et avons fait du lèche-vitrines. Cétait très joli à voir et les vendeurs turcs savaient nous séduire pour attirer les clients : cest leur métier. Un vendeur a même proposé à une jeune fille de prendre un thé derrière sa boutique pour négocier un achat, alors jai rappelé à la jeune fille que nous ne devions pas nous séparer ni sortir du chemin. Finalement elle ma écoutée et nous avons poursuivi la visite des magasins du souk.

Puis, nous avons pris la route pour visiter les « Cheminées de fée » en Cappadoce, une région d'Anatolie située au cur de la Turquie. C'était très impressionnant à voir ; voici leur histoire : il y a plus de 10 millions d'années, les volcans de la région sont entrés en éruption et des couches successives de lave ont peu à peu recouvert les vallées environnantes. Le vent et l'eau creusèrent des sillons dans la roche volcanique, créant ainsi ces milliers de cônes rocheux. Certains atteignent 40 mètres de haut. Les « Cheminées de fée » ont été naturellement utilisées par les hommes comme abris naturels, garde-manger, grenier, maison... La climatisation naturelle garantissait un confort apprécié des habitants, chaleur en hiver, fraîcheur en été. Nous sommes entrés visiter sans nous séparer, toujours en file indienne sinon nous risquions de nous perdre car c'est comme dans un labyrinthe et il y fait sombre. Nous étions très prudents pour ne pas nous cogner la tête car c'est petit et étroit. Cétait inimaginable !!!

Comme je voyais très mal dans le noir vu que jai le syndrome de Usher, ça me fichait la trouille et j'ai pris mon courage à deux mains pour entrer car j'adore visiter des choses même quand il y a des risques, mais je nexagère pas trop quand même et je trouve toujours des solutions pour y arriver. J'ai tout à coup eu une super idée, jai proposé à quelques personnes de se tenir les mains en file indienne pour les rassurer et cétait aussi une bonne excuse pour moi ; à lépoque je ne savais pas encore pour ma maladie, le syndrome de Usher, je cachais ainsi ma peur du noir. La personne en tête passait les informations: « attention, la marche », « attention, la tête », « passage étroit » etc.. Puis on relayait ; ça s'est bien passé, il ny a pas eu de blessés, ouf !! J'avais réussi à affronter le noir et à réaliser mon défi.

Lors de la visite de la poterie, l'animateur turc a demandé un volontaire pour tenter de réaliser un pot avec un tour. Excitée, L., une jeune sourde de dix-neuf ans lève le doigt et s'installe devant le tour. L'animateur lui explique, avec l'aide d'une traductrice en LSF, comment on démarre, avec de largile. Le spectacle commence, et ça démarre fort car les sourds rigolent comme des fous en la voyant caresser un truc qui bouge et ressemble à une saucisse ! La jeune fille ne comprenait pas pourquoi nous nous moquions delle et a fondu en larmes. Lun de nous lui a expliqué que ça ressemblait à un pénis masculin, elle a fui car elle était gênée. A la fin du spectacle, j'ai demandé à Catherine, avec qui je partageais la chambre, si elle avait réussi à filmer et elle m'a répondu :

 Non !

 Ah bon !! Qu'est ce qui sest passé ?

 Tu vois ce mec qui est assis à côté de moi sur le banc. Malheureusement il avait le hoquet et cela faisait vibrer le banc, donc la caméra a trop bougé !

 Ah mince ! dis-je.

A la pause, la rue était déserte avec seulement quelques magasins, des cabanes surtout et quelques souks ; on a fait du shopping ; jai aperçu un âne, jétais excitée à lidée de monter dessus. Je mapprochai donc de lâne pour le caresser, léleveur turc était devant moi et lâne entre nous. Je lui demandai alors :

 Est-ce que je peux monter sur cet âne ?

 Quoi ? en turc. Pas compris !

Ah mince ! Cet éleveur ne parle pas Français ; donc je mime.

 Moi monter âne ?

 Oui, en hochant la tête.

 Prix ? en faisant le signe « argent »

Tout à coup, je pousse un petit cri de gêne et demande par le mime à léleveur de...