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Main Data
Author: Darie Bocquet
Title: La route est à tout le monde
Publisher: Books on Demand
ISBN/ISSN: 9782322194469
Edition: 1
Price: CHF 5.70
Publication date: 01/01/2020
Content
Category: Biografien
Language: French
Technical Data
Pages: 202
Kopierschutz: Wasserzeichen
Geräte: PC/MAC/eReader/Tablet
Formate: ePUB
Table of contents
5 mai 2019 - Nous sommes sur la 3ème étape du Tour de l'Eure - Junior. Odin, notre fils porte le dossard 137. Il est bien placé dans la course, nous sommes heureux pour lui, fiers de lui. A l'entrée de Louviers, ville d'arrivée, nous ne le voyons pas dans le groupe de tête, ni dans le peloton, ni dans les groupes suivants... Vers 16 heures, sa vie a basculé... Par ce témoignage, je souhaite montrer les conséquences du non respect des consignes de sécurité par certains automobilistes et tenter une prise de conscience des conducteurs afin qu'ils acceptent de partager la route de manière responsable.

Darie Bocquet, 48 ans est enseignante et directrice d'une école maternelle. Maman de trois enfants (Danaé, 23 ans, étudiante en médecine, Léna, 21 ans, étudiante à l'école de kinésithérapeute et Odin, 18 ans, étudiant en STAPS). Elle décide d'écrire son premier livre, un témoignage, après avoir traversé l'épreuve la plus difficile de sa vie. Elle est révoltée par le comportement de certains automobilistes, notamment vis-à-vis des cyclistes. Mener un combat pour tenter de faire évoluer les mentalités lui est apparu comme une évidence.
Table of contents

Partie 2


Dans un monde parallèle ...


Après avoir attendu un long moment, nous décidons de nous rendre dans le service, nous descendons de lascenseur et nous nous trouvons devant une porte vitrée, fermée au-dessus de laquelle est inscrit :

REANIMATION NEURO CHIRURGICALE

Il y a une sonnette, jappuie sur Soins Continus, le médecin des Urgences avait utilisé ce terme. Comment ne pas être inquiets devant tout ce dispositif ? Je narrive pas à faire le JUMP (selon le terme quutilise Odin quand il me raconte ses courses), le JUMP qui me permette de quitter ce bel après-midi à suivre la 3ème étape du « Tour de lEure-Juniors » pour mamener là, dans ce service où lon parle de vie mais aussi de mort, de coma, de coma artificiel, de séquelles lourdes, plus légères NON, on fait un cauchemar, on va se réveiller !

Lundi 6 mai vers 1 h 00  CHU de Rouen

Une infirmière fait coulisser la porte vitrée, sassure que nous sommes bien la famille du jeune cycliste qui vient dêtre admis et nous installe dans la salle destinée aux familles. Dans cette unité, il nest pas prévu que lon reste en permanence au chevet des patients mais les proches ont le droit dêtre là 24 h / 24 h, il y a donc une grande salle accueillante où on peut se reposer, regarder la TV 

- On termine dinstaller votre fils, les médecins vont venir vous parler et on viendra vous chercher pour que vous puissiez le voir.

- Merci.

Ce service est calme, cest la nuit bien sûr mais nous découvrirons par la suite quici lambiance, le nombre de soignants, les soins... sont identiques quelle que soit lheure du jour ou de la nuit. Il ny a dailleurs plus de notion de journée ni de nuit dans ce service. Les patients dorment profondément, très profondément Quand tout à coup, des cris rompent le silence.

- ARRETEZ, ARRETEZ ! DEGAGEZ !

Nos visages se figent, cest sa voix, il hurle ! Cest sa voix mais ce nest pas notre Odin. Lui qui dhabitude est un adolescent discret, naimant pas se faire remarquer, soucieux de ne pas déranger, il est poli, respectueux.

Nous fermons la porte mais ses cris transpercent tout, nous pleurons, son papa, ses surs, E. et moi bouchons nos oreilles mais rien ny fait, on lentend, cest un supplice !

Une infirmière prend les devants et anticipe notre souffrance :

- Ne soyez pas inquiets, cette agitation est courante, cest lhématome, on le sonde et il naime pas, vous allez bientôt le voir ; le neuro chirurgien et le médecin réanimateur vont vous recevoir également.

Danaé essaie de garder son sang-froid mais les cris de son petit frère la terrorisent.

« Quand nous sommes arrivés en réanimation neuro-chirurgicale, on entendait Odin crier, insulter les soignants et se débattre. Maman ma demandé si je pouvais aller auprès dOdin pour le calmer et le rassurer. En sortant de la salle des familles, jai perçu la voix du nouveau médecin qui soccupait dOdin, je la reconnaissais, javais déjà travaillé avec elle pendant une de mes gardes au SAMU. Jai ressenti un petit soulagement car je savais quelle était très gentille avec les patients, Odin était entre de bonnes mains. Jétais trop impressionnée par les cris dOdin, je nai pas pu me rapprocher de sa chambre. »

Nous sommes en pleine nuit, je me dis que cest très grave sils nous reçoivent dès maintenant, je harcèle ma fille Danaé de questions, elle ne sait pas, je me rendrai compte plus tard quelle était encore plus inquiète que nous car complètement lucide sur la situation. Elle mavouera trois semaines plus tard avoir calculé le Score de Glasgow dOdin, elle-même, plusieurs fois ce soir-là et les jours suivants mais avoir gardé pour elle le fait quil était souvent mauvais

E. est bouleversé, abattu et en même temps on perçoit de la colère. Il a été coureur et il sait que dans létat où est Odin, ce nest pas une chute seul ou entre coureurs. Des chutes, il en a fait plusieurs, plus ou moins graves, il en a vu des centaines.

- Cest pas possible, il y avait forcément un obstacle, un poteau, quelque chose pour quil soit dans cet état ! Cest pas possible autrement !

Moi, qui dhabitude cherche toujours des explications à tout, qui habituellement essaie de comprendre le pourquoi du comment, je nai pas lénergie de me demander ce quil sest passé. Je veux quil vive et je veux retrouver MON Odin, cest lunique pensée qui mobsède.

- ARRETE ! AREETE ! TA G. ! ARRETE !

Mon dieu ! Lui qui ne dit jamais de grossièretés devant nous ! Les cris de mon fils transpercent le silence de ce service pendant une trentaine de minutes puis deux jeunes médecins et une infirmière apparaissent. Il est environ 2 h 00 du matin, peut-être un peu plus. Lune est neuro chirurgien et la seconde est médecin réanimateur. Elles sont calmes, douces, rassurantes, professionnelles. La santé, la vie de mon petit Odin est entre leurs mains et elles ont su nous donner confiance, merci !

Elles sassoient côte à côte en face de nous. Je ne leur laisse pas le temps de démarrer lentretien.

- Il va vivre ?

- Oui.

- Il ny a plus de risque que ça saggrave et quil meurt ?

- Cest pour ça quil est dans ce service, pendant les 48 prochaines heures, on va beaucoup le surveiller pour sassurer que les lésions dans son cerveau arrêtent de saigner, quil ny a pas de formation ddème, que son cerveau nest pas davantage compressé...

- Et si ça arrive vous pourrez le sauver, vous savez quoi faire ?

- Dans ce cas, on lemmènera au bloc aussitôt pour drainer lhématome.

- Daccord. Mais quoi quil arrive, vous saurez quoi faire ? Il y aura des solutions ?

- Beaucoup de choses sont possibles, on a lhabitude, cependant chaque cas est différent, il faut être patient, pour linstant lévolution est encourageante.

- Il souffre ? Pourquoi il crie tant, il est si calme dhabitude !

- Il est très agité, désinhibé, cest parce quil y a du sang à lavant de son cerveau, cest la partie qui correspond à la personnalité, le comportement, les codes sociaux. Cest courant.

- Et il ne va pas rester comme ça ?

- Dans la majorité des cas, ça évolue positivement avec la diminution de lhématome, dans le cas contraire, la rééducation peut améliorer les choses mais on nen est pas là. En neuro, les progrès sont lents et il faut vivre au jour le jour. Il est jeune, cest un grand sportif, il a été pris en charge très rapidement, tout ça joue en sa faveur.

- Et il pourra passer le bac ?

- Cest encore trop tôt pour vous répondre.

- En septembre, il pourra ?

- On espère, pour linstant on soccupe de sa santé, le reste ce nest pas important, daccord ?

- Daccord. Mais jai très peur !

Et je meffondre à nouveau. Les deux jeunes médecins répondent pendant de longues minutes encore à mes questions.

Je commence à prendre conscience quon est dans la réalité, que je ne reverrai peut-être jamais MON Odin, pourquoi lui ? Mais pourquoi un autre ?

- Vous pouvez être présents jour et nuit dans le service mais là, je vous conseille daller le voir un petit moment, de lui dire au revoir et daller vous reposer un peu, des soignants sont avec lui en permanence et dans les jours et les semaines à venir, il va avoir énormément besoin de vous. Il faudra que vous soyez en forme pour lui.

- Daccord. Merci, nous comptons vraiment sur vous.

Nous nous rendons à son chevet deux par deux. Dans ce service, les proches sont les bienvenus de jour comme de nuit mais uniquement deux personnes en même temps au chevet du patient. Le service étant fermé, il faut sonner et attendre dêtre...